| Le retour des magiciens
A fin d'être sûr de créer une bonne marque, les créateurs de nom
professionnels ont accroché à leur tableau tous les bons préceptes en
la matière. Je n'en ferais pas le rappel, ils figurent sur toutes les
tablettes.
Mais au fond , dites-vous, le nom est-il si primordial? Avez-vous vu
beaucoup de gens faire une demande pour changer de nom, prétextant que
leur nom n'est pas mémorisable, a une mauvaise connotation, correspond
a une insulte en mélanésien, est imprononçable ou pour tout autre
motif?. Il est vrai que ces demandes sont infimes. Tout bonnement c'est
pas le nom qui fait le bonhomme ni préside à sa destinée. On peut
trouver des sobriquets, des surnoms, des noms de scène, qui sont des
extensions et non des remplacements du nom de famille. Les noms les plus
communs n'ont ni empêché les plus grandes carrières ni empêché les
plus grands destins. Un nom n'est jamais qu'un nom.
Cependant il est aisé de constater que le nom de marque ne
fonctionne pas comme un simple nom de personne. Si une personne a toute
sa vie pour se faire connaître, ce n'est pas le cas pour le produit. Si
ce n'est pas le nom qui fait le produit, le nom en constitue la
première étape de communication. Par conséquent, il est primordial de
ne pas la rater.
Peu importe l'étymologie du nom car une fois affecté à l'objet le
nom signifie l'objet. A tel point qu'une marque peut devenir un mot
générique (Ex: Frigidaire a remplacé réfrigérateur dans le langage
populaire, la marque déchue s'est même décomposée et dissolue dans
le diminutif "frigo"). Frigidaire était-elle une bonne
marque? Le Frigidaire rend-il frigide? Non. Personne n'a perçu cet
aspect négatif du vocable. Cette marque étant plus facile à prononcer
que le mot générique "réfrigérateur" a
"court-circuité" le mot désignant l'objet perdant ainsi sa
fonction initiale.
Une bonne marque peut agir virtuellement comme une potion magique et
fournir un puissant moyen attractif; par exemple pour définir un
produit difficilement descriptible. C'est le cas des parfums. Les
stratégies sont variées et le créateur n'hésite pas à utiliser des
mots extrêmes (cf. Poison ou Opium). Associé à la marque, le nom peut
transgresser sans encombres les frontières de l'illicite. Dans le cas
de Chanel, la stratégie de marque-produit est minimale, puisque le
produit ne se distingue que par un numéro (Ex: N°
5).
Que doit-on investir comme énergie ou investissement
financier, si finalement il n'existe pas une valeur étalon de la
marque, si éventuellement tout nom libre de concurrence peut convenir?
Dans le cycle de vie du produit, on peut considérer que
le coefficient de qualité Q est défini par le relation suivante:
Q=nom x produit x communication
Ce coefficient de qualité est fonction de ces trois
éléments et l'interaction nom/produit/communication est
prépondérante. Il est par conséquent inconséquent d'avoir un énorme
investissement produit x communication et d'avoir un investissement pur
au niveau choix du nom de marque inexistant. Certes, n'importe quel nom
libre peut convenir, mais l'effet du mot magique n'est pas à négliger.
Il faut prendre en compte que l'investissement de communication est
capitalisé sur la marque. A l'extrême, l'industrie entière et
capitalisée sur le nom de marque: on a vu des repreneurs qui, ayant
acheté une industrie entière, n'ont finalement gardé que le nom et
démantelé complètement les usines.
Par conséquent, il est toujours bon :
- d'avoir un budget pure création de nom,
- de ne pas hésiter à choisir plusieurs intervenants,
- de recourir aux outils informatiques,
- d'investiguer un nombre important de mots potentiels,
- de stocker plusieurs marques,
- de ne pas négliger les tests,
- de ne pas attendre le dernier moment pour créer la marque.
Une marque peu s'imposer par l'investissement de
communication. Une marque peu étonner ou énerver au début, mais
passer en force sous le matraquage médiatique. Par exemple, Orange
qui nomme un service de télécommunication, peu sembler peu créatif.
On copie Apple, la pomme qui est le nom d'une marque
d'ordinateur. Le matraquage publicitaire endort les facultés de
jugement, le terme orange agrémenté de son logo visuel et sonore,
court-circuite notre acquit sémantique. Mais combien de sociétés
peuvent se permettre un tel investissement financier.
Pour ceux qui veulent insister dans ce mode, il reste
encore quelques fruits disponibles...
Pour les autres, je conseille des méthodes plus
économiques. Curieusement, en matière de création de nom de marque,
la qualité d'une création n'est pas forcément proportionnelle à
l'investissement financier. Il vaux mieux parier sur la diversité des
moyens, que sur leur cherté.
A titre d'exemple, pour un investissement infime, testez
le service automatisé NAME BLAZER, et ayez
rapidement une vue de votre paysage sémantique.
Il est toujours possible de ne sous-traiter qu'une ou
plusieurs étapes de la création, jusqu'au choix final. En matière de
création de nom de marques, soyez téméraires! N'ayez pas peur d'être
critiqué, car être critiqué c'est être constaté!
Le néologisme: Voie royale, Voie magique.
En matière de marques, le principal écueil est sans conteste le
problème juridique. Rien ne serait en effet plus coûteux que d'avoir
un conflit d'antériorité avec un concurrent (cf. affaire Vivendi/Vis-à-vis).
C'est fort heureusement un problème maîtrisable en partie, en
accédant aux bases de données de marques.
Utiliser un néologisme comme nom de marque présente plusieurs
avantages. L'utilisation de néologismes comme nom de marque permet de
se prémunir de cette maladie congénitale de la marque,
l'antériorité. En effet, en créant un mot de toute pièce, la
probabilité de rencontrer un concurrent dans la même classe, est
minime. De plus, lors de la création d'un nouveau produit ou service,
il semble logique de lui associer un vocable sur mesure. Enfin, le
nombre de combinaisons possibles devient énorme si l'on passe de
l'arrangement de mots ou racines, à l'arrangement de lettres (cf.
faits).
Au delà de cette prophylaxie, le néologisme débouche sur un monde
inconnu. Faut-il alors recourir à la magie, à la formule cabalistique,
à la crypto-nomination, à l'alchimie, aux puissances obscures et
incontrôlables? Sortons des dictionnaires et accédons à la puissance
de la création pure. Qui trouvera la formule magique qui ouvrira la
caverne d'Ali Baba? Les moines Tibétains trouveront-ils le véritable
nom de Dieu?
La puissance du vocable est immense car un simple mot permet d'accéder
au concept. Un simple néologisme suffit à définir une nouvelle
invention, un nouveau service, un nouveau produit, une nouvelle
profession... Le mot crée l'idée.
Devinez ces nouveaux métiers du futur, générés par le logiciel de création de noms de marque koK'n.fizZ:
amburgiste
avigardeur
boulanicien
boutrominètre
canicien
cascadéopathe
cascailleur
chardeurier
chirurgeron
cosmologicien |
culicomiste
duristriel
dentisier
honiste
incailleur
infirurgisier
jurianiste
magiciateur
mécanimiste
monauticien
|
ologicien
phonicien
poligateur
quillogiste
saxompètre
scadeuriste
siculicomiste
sourculticier
souriste |
Ou encore les étonnants objets qui seront bientôt sur nos
étagères:
une agortile
une alambuse
un antorvier
un avipeau
une bottuve
un cagortile
un camecoron
une cannetomme
une cartoussure
un cerf-viseur
un chantilloscope
un chantuyau
un chaudozer
une cillobile
une cisèche
un comportail
un cornécran
une cornemuteille
un cornudron
un crayoulon
une cueilledoze
|
une e-boucanne
un échanor
une écoutome
une engrenaussure
une éprouveste
une éprouvetuve
un erf-volldozer
un étoscope
un fenêtrateur
une fourchemise
une furane
une fusillette
une haussurchette
un lociphone
une cisiornette
un magnétillon
un magnétorchon
une martenne
un mécorillon
une mongolficelle
un oscillaser |
une ouvette
un pécoutome
un phonémulon
un puchoteur
une reboucanne
une réserveste
un rimanoire
une rompetoscorde
une rouvette
un servietablier
une servoisette
un syphoteur
une téléviette
le télévistylo
un tire-bouteille
une tournemuse
un tourneviseur
un trompetoscope
un vélocornécran
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N'y a-t-il pas dans ces néologismes une introduction à de puissants
concept?
Comment ces graines de concept germeront dans l'esprit de géniaux
inventeurs?
Les créateurs de nom de demain devront faire face au grandissant
problème de l'encombrement sémantique.
Faudra-t-il avoir recours à la magie, à son pendule, à
l'alchimie de puissant logiciels, aux obscures officines puisant les
mots et les formules magiques de leurs athanors sémantiques? Les
cabalistes resurgiront-ils avec leurs formules, les secrets de
fabrication feront ils l'objet de dépôts de brevet?
Faudra-t-il avoir recours aux mathématiciens et leur théorie des
grands nombres, être conforme au nombre d'or?
Déposer une marque, n'est plus seulement une nécessité commerciale,
mais devient un investissement à long terme. Si l'on se réfère aux
sommes astronomiques mises en jeu dans le rachat de marque, on peut se
demander s'il est plus judicieux d'investir dans des noms porteurs
stratégiques que de jouer au loto, acheter des bijoux, des pierres
précieuses.
Dans le livre des records, le mot le plus cher n'est pas encore
écrit. |